« Je croyais que j’allais mourir »: 3 pompiers racontent comment ils ont survécu au feu

Grièvement blessés dans un incendie à Gabian-Roquessels, dans l’Hérault, ces trois jeunes hommes racontent aujourd’hui leur reconstruction, après une année de soins.

L’un d’eux manque à l’appel, mais ils tiennent à lui rendre hommage dans leurs témoignages, recueillis par Midi Libre. Il y a un an, jour pour jour, Jérémy Beier disparaissait dans un incendie à Gabian-Roquessels, dans l’Hérault. Ce pompier de 23 ans est décédé alors qu’il luttait contre les flammes avec ses trois copains d’infortune, aujourd’hui en grande partie soignés de leurs blessures, mais marqués à jamais.

« Ce qui est fait, est fait »

David Fontaine est l’un d’eux. Le 10 août 2016, ce Montpellierain de 42 ans a été grièvement brûlé aux jambes. Il est actuellement en période de stabilisation, après une année de rééducation spécialisée, mais voit un spécialiste pour soigner ce qu’on ne voit pas: les séquelles psychologiques. L’objectif: « remettre les choses à leur place, ne pas repenser à ce qu’on aurait pu faire… Ce qui est fait, est fait, » explique-t-il au quotidien local.

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S’il s’apprête à réintégrer le service sport des pompiers, il sait qu’il ne pourra plus jamais combattre d’incendie. « Je ne fume pas, je ne bois pas, j’ai une alimentation saine et la greffe a réussi grâce à ça. » De cette expérience, il veut tirer « quelque chose de positif », qu’il mettra au service des autres.

« Il faisait 900° dehors »

Son compagnon Lucas Canuel, 23 ans, n’a pas eu autant de chance. Dans cet incendie, le pompier a laissé ses deux mains. Pour toujours, ce drame sera marqué sur son visage, en partie brûlé. Il rencontre également des problèmes aux pieds. « Au réveil, on m’a dit que je n’avais plus de doigts et que marcher, c’était fini. Pour moi, ce n’était pas fini! Je marche, je vais bientôt pouvoir conduire… Je veux aller de l’avant, me reconstruire et en 2024, je vais faire les jeux paralympiques en vélo, » raconte le jeune homme au mental d’acier.

Le 10 août dernier, Lucas pensait pourtant que tout était terminé. Il avait envoyé un SMS à sa mère, Alice: « maman je t’aime ». Puis était sorti du camion encerclé par le feu. « Il faisait 900° dehors, je croyais que j’allais mourir, je suis resté debout en me disant: « ah, la vie finit comme ça? C’est dégueulasse, » se souvient-il.

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Alice ne pensait pas qu’il s’en remettrait. Son pronostic vital a été engagé à plusieurs reprises. Pourtant, Lucas est aujourd’hui sur pieds. « Je reviens de loin, » concède le garçon, aujourd’hui en couple et sur le point de reprendre des études de droit pour devenir « député ou préfet ».

« Bouillir comme dans une casserole »

Comme David et Lucas, Didier Bourdelier a également entamé sa reconstruction. Le pompier professionnel de 29 ans se souvient encore précisément du jour où sa vie a basculé. Il a échappé au pire dans la fournaise, en sautant du camion où il était en train de « bouillir comme dans une casserole » avant de courir sur 800 mètres, jusqu’à ce que le ciel soit bleu « et l’air respirable ».

Son visage a été gravement touché pendant l’incendie. « Il y a encore trois opérations [de chirurgie esthétique] sur le visage, » raconte-t-il. « Je sais qu’il y a la curiosité des gens, je l’accepte, mais ça évolue très positivement, le chirurgien est optimiste, » dit ce sergent qui a passé un mois et demi dans le coma après l’accident et dont les mains n’ont pas entièrement retrouvé leurs fonctions.

Comme ses comparses, il a décidé de se concentrer sur l’avenir, pour faire honneur à son ami disparu. « On n’a pas le choix par rapport à Jérémy, on a la chance d’être là, il faut se battre pour lui ».

radiosp

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