Dans l’Oise, les pompiers sont lassés de jouer les taxis

Le nombre d’interventions pour carence d’ambulances privées a grimpé de 20 % depuis l’an dernier. L’impact sur l’organisation des secours est pointé.

Faire le taxi sanitaire n’est pas notre rôle, on en a ras-le-bol  ». Ce sapeur-pompier d’un centre de secours rural du nord de l’Oise est loin d’être le seul à le reconnaître : la multiplication des transports d’habitants vers les urgences pour carences d’ambulances privées fait râler sur le terrain. Dès que le centre de régulation du SAMU ne dispose pas de véhicules privés disponibles, il sollicite les pompiers, selon un système prévu par le code des collectivités. Dans l’Oise, ce recours fait plus que grimper : 1 485 sorties pour carences ont été recensées par le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) lors des neuf premiers mois de l’année, contre 1 240 de janvier à septembre 2016. Soit un bond de près de 20   %.

L’Agence régionale de santé vise « une réduction des carences »

Ce qui n’est pas sans poser des contraintes aux officiers des 42 casernes du département. «  Ils doivent faire en sorte de ne jamais être démunis en moyens, car il faut toujours être en mesure de répondre à notre mission essentielle : l’urgence. Parfois, les officiers doivent demander à un centre de secours voisin, moins en défaut à l’instant précis, d’effectuer un service de carence. Tout ceci n’est pas commode, confie Éric de Valroger, le président du SDIS et vice-président (LR) du Département. Même si la chose est vraiment rare, car les SDIS se sont toujours montrés solidaires, il arrive que l’intervention soit refusée : cela a été le cas récemment à Crépy-en-Valois, où le centre de secours ne pouvait pas assurer le transport d’une personne jusqu’à Reims. Il n’y avait aucun caractère d’urgence et d’autres moyens étaient engagés. Ce genre de situations crée des tensions entre notre service et le milieu hospitalier  ».

Le président soulève une autre épine, en tant que «  gestionnaire » du SDIS : le dédommagement par l’Agence régionale de santé (fixé par un arrêté ministériel à 119 euros l’intervention) est en deçà, selon lui, du coût réel de la prestation de transport. «  Si j’additionne la mise à disposition du personnel, l’entretien du véhicule et le carburant, nous ne rentrons pas dans nos frais  », estime Éric de Valroger, qui pointe une «  totale contradiction  » : «  L’État demande des efforts budgétaires considérables aux collectivités, qui financent les SDIS comme le nôtre (ndlr : le Département, les intercommunalités et les communes), mais en même temps, son incapacité à faire face à ses propres missions retombe sur nous et nos dépenses… On peut l’appeler à cesser de vouloir tout et son contraire  ».

L’association regroupant la majorité des sociétés d’ambulances privées de l’Oise veut inciter, de son côté, l’Agence régionale de santé à réagir (lire ci-contre). Contacté par le Courrier picard, ce service de l’État plaide des efforts : «  En concertation avec les acteurs de l’aide médicale urgente, nous travaillons dans chaque département à une amélioration de l’organisation qui doit aboutir à une réduction des carences ambulancières en période de garde. »

Un gradé d’un centre de secours préfère faire contre mauvaise fortune bon cœur : «  Je peux vous assurer qu’ici, au moment de partir en véhicule, personne ne se pose de questions. On est là pour aider les gens. »

Le Courrier Picard

radiosp

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